Chocolate books

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12 décembre 2009

Et toi, tu as combien d'amis ?

Histoires_de_fessesExtraits de l'article de Nicolas Delesalle, paru dans le Télérama n° 3075 :

" Cent millions de personnes, dont quatre millions en France, sont inscrites sur le réseau social Facebook. En quoi cela change-t-il notre vie quotidienne, nos habitudes, notre travail, nos relations sociales ? Comment faisait-on avant ? Bienvenue dans un monde où vous n'avez que des amis…

A l'aube des années 2010, il est, paraît-il, des gens en France qui ne sont pas inscrits sur Facebook. Ce n'est pas une plaisanterie. Ces gens-là existent et ils n'ont pas de profil. Pas d'amis. Des recalés de la dernière mutation darwinienne du Web qui promènent leur solitude dans les couloirs de la vie réelle en poussant parfois un cri déchirant : « Mais bon sang, à quoi ça sert ? »

Se poser en public la question de l'utilité de Facebook, c'est avouer sa propre obsolescence. C'est abjurer la religion du progrès, cracher sur ce qui fait le sel de notre société 2.0. Et c'est se condamner à vivre seul, déconnecté, empoussiéré comme un gros téléphone portable des années 1990 abandonné au fond du grenier. (...)

C'est un truisme : le trombinoscope créé à Harvard en février 2004 par le jeune Mark Zuckerberg (24 ans) est devenu un endroit incontournable. Cent millions de personnes y sont connectées sur la planète (4 millions en France). Tout ce que la Terre comp­te de types fins et de filles subtiles est inscrit sur Facebook. (...)

Alors que l'inadapté erre dans les rues, l'individu 2.0 vit dans la chaleur confraternelle de Facebook. En groupe. Car il y a des milliers de groupes sur Facebook. Tous plus incontournables les uns que les autres. Le groupe de défense des braconniers des bébés phoques (360 membres), le groupe de ceux qui font plus jeunes que leur âge (2 195 membres), le groupe de ceux qui n'ont pas de chance en amour (788 membres), le plus grand groupe de France (38 membres) ou le groupe de ceux qui rejoignent toujours des groupes débiles (1 336 membres). On en passe des plus indispensables. Et que fait-on, une fois que l'on est inscrit dans un groupe ?, demanderont les hérétiques de l'électronique. Rien ! On y est, c'est tout, et c'est déjà énorme.

Si vous ne comprenez pas cela, jetez votre ordinateur et allez rejoindre le cimetière des espèces disparues. Tant pis pour vous. Vous ne connaîtrez ­jamais le bonheur inavouable de retrouver ses anciens camarades de classe ni la joie extatique de recevoir des nouvelles de ses ex-petit(e)s ami(e)s ou le plaisir abscons de reprendre contact avec des gens que l'on a jamais vus.

Facebook est la matrice mondiale
de l'amitié : il transforme n'importe quelle
vague connais­sance en pote pour la vie.

C'est aussi un distributeur virtuel de premières gorgées de bière. Des milliers de petites félicités vous y attendent et donnent un sens à votre existence. On y étanche sa soif de connaissances en répondant à des quiz incroyables sur les prénoms des personnages secondaires de la série Arnold et Willy ou sur les dialogues de Top Gun. On peut y devenir vampires ou pirates, offrir à ses amis des pains d'épice, des bilboquets ou des tortues marines virtuelles. Et les jeux ! Au gré de son humeur, on aiguise son adresse au bowling virtuel (Bowling Buddies), on creuse ses connaissances en géographie (Geo Challenge), on compare la taille de son cerveau (Who has the biggest brain) ou sa capacité à former des mots de six lettres (Word Challenge). Que de temps gagné !

Les allergiques au progrès ne connaîtront jamais l'ivresse de remplir un premier profil en y ajoutant une photo avenante. Ils ne vibreront jamais en collectant leurs premiers amis. Cette alerte ! Mais oui ! Quelqu'un veut devenir mon camarade ! Voilà une situation qui n'arrive jamais dans la vie réelle, où, sauf cas désespéré, aucun inconnu ne vous tape sur l'épaule en vous demandant si vous voulez bien devenir son ami. Et la découverte de la première notification ? Le cœur s'emballe, l'œil se mouille, on sourit bêtement, on clique, tout ému. C'est Gaëlle D. qui vient de vous donner un point « cool » ! N'est-ce pas magnifique ? Un point cool ! Face­book, c'est se lever le matin en « pokant » ses potes. Lancer une vidéo comique sur le « Wall » de ses amis, ou même le « Superwall », discuter avec eux « Wall to wall », ou bien par message, ou bien par messagerie ­instantanée. Ajouter les albums de photos de son nouveau-né ou de ses vacances à Trouville (10 milliards de photos sont hébergées sur le site). « Tagger » malicieusement les photos de ses proches prises dans des ­situations embarrassantes au cours de soirées arrosées (30 % des cabinets de recrutement écartent des CV après avoir vérifié les mœurs des candidats sur Facebook). Adhérer à de nobles causes (pour l'interdiction du jean slim ; pour l'aligot...). Goûter la volupté de découvrir les détails de la vie privée de ses contacts, des contacts de ses contacts et des contacts des contacts de ses contacts.

Quel sentiment de plénitude. Comment faisait-on avant Facebook ?

Alors, oui, certaines fortes têtes feront remarquer que Facebook a des défauts. (...) Oui, mais que pèse tout cela face à la lecture trépidante des statuts de vos amis ? Ces petites phrases inscrites tout en haut des profils et censées résumer un état d'esprit, une activité, un désir, ou qui affichent simplement au fronton d'Internet la hauteur de son esprit et la qualité de ses saillies : « In raclette we trust », écrit Jérémie C. ; « Mieux vaut tard que guérir », lâche Benjamin M. ; « Et puis la foule s'est mise à marcher au pas de l'oie du marché », poétise Aurélien F. Plus terre à terre, Grégory G. « joue au ping-pong », Marion P. « a une toux de vieux clochard », Juliette B. « trouve que la famille, c'est une plaie ». La famille de la vie réelle, parce que, dans la famille Facebook, on ne se dispute jamais. Ici, on jouit du bonheur d'être ensemble sans subir les contraintes de la promiscuité. Que les 56 millions de Français obtus qui n'ont pas encore de profil se le tiennent pour dit. Facebook est un supertanker de données pour l'archéologue de l'an 5790 qui déterrera le disque dur du plus grand réseau social du début des années 2000. On vous laisse imaginer ses conclusions, on doit rejoindre le groupe “J'ai 100 contacts mais je mange tout seul à la cantine” (122 membres)."

(Article complet ici)

Posté à 20:50, dans la catégorie : # blablabla -- Articles similaires -- Commentaires [1]

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